Premiers résultats d’évaluation encourageants pour le programme Unisson offert aux de centres de la petite enfance

Unisson signifie d’une manière unanime, en parfait accord. Si le programme Unisson porte bien son nom, c’est parce qu’il permet une synergie entre les membres du personnel éducateur des CPE en leur permettant de développer un langage commun et d’uniformiser les interventions déployées auprès des enfants. L’objectif ultime? Réduire les comportements perturbateurs et créer un environnement harmonieux, positif et prévisible. Entrevue avec Malena Argumedes, professeure au département de psychoéducation de l’Université de Sherbrooke et chercheuse associée à Boscoville, faisant suite à la diffusion des résultats préliminaires liés à l’évaluation du programme.

Votre équipe de recherche a évalué pour la première fois le programme dans un CPE établi à Montréal. Quel était l’objectif de cette évaluation?

Nous avions deux objectifs. Le premier était d’évaluer la mise en œuvre du programme, pour savoir s’il avait été implanté de la façon dont c’était prévu. Cela permet de nous assurer que les effets mesurés sur les enfants ne relèvent pas du hasard, et qu’ils sont bien associés au programme Unisson. Le deuxième objectif était d’évaluer les effets du programme sur les interventions du personnel éducateur ainsi que sur les comportements des enfants. On a voulu savoir si l’équipe était capable de bien mettre en œuvre les interventions sur lesquelles elle avait été formée, et si ces interventions lui ont permis de voir un changement sur les comportements problématiques des enfants, mais aussi plus généralement sur leur adaptation et leur bien-être global.

Quels sont les trois principaux faits saillants de l’évaluation?

D’abord, l’évaluation démontre que le personnel éducateur a été capable de mettre en œuvre le programme avec une fidélité de 86%, ce qui est très élevé. C’est une excellente nouvelle, cela veut dire que le programme a été implanté majoritairement tel qu’il a été développé. Selon moi l’offre de formation et d’accompagnement, qui fait partie intégrante du programme Unisson, explique en partie cette fidélité élevée. Les participants y pratiquent les interventions qu’ils devront éventuellement mettre en place auprès des enfants, en plus d’apprendre les principes de l’enseignement explicite, ce qui représente selon la littérature, l’une des meilleures façons d’apporter un changement comportemental chez un être humain.

Ensuite, nous avons observé que plus on progressait dans la mise en œuvre du programme en termes de semaines, plus on dénotait une diminution des comportements perturbateurs. On est passés de 30-35 comportements problématiques par mois à 7-8 par mois, dans les derniers mois. C’est très encourageant. Par ailleurs, il est à noter qu’Unisson offre une possibilité d’intervention à large échelle, pouvant s’adapter aux enfants de 18 mois à 5 ans.

Finalement, on a observé une amélioration de 5% de la qualité du climat social après l’implantation du programme. Par exemple, l’équipe a mentionné l’instauration d’une communication encore plus positive et axée sur les solutions. Ce sont des améliorations qui font que le travail est agréable et proactif. Un autre exemple – les rencontres mensuelles prévues par le programme Unisson ont permis à l’équipe de réaliser que des moments d’échanges étaient bénéfiques et nécessaires pour s’entraider et partager les bons coups. Un esprit de communauté s’est donc installé.

Comment définit-on les comportements perturbateurs?

Il y a deux types de comportements perturbateurs : les mineurs et les majeurs.

La classification des comportements perturbateurs en  «mineurs» ou «majeurs» est toujours considérée en fonction du niveau développemental des enfants et du contexte d’intensité où les comportements surgissent. Les comportements perturbateurs mineurs, ce sont ceux qui sont dérangeants, soit pour l’enfant ou pour les autres, mais qui ne portent pas atteinte à la sécurité, l’intégrité ou au fonctionnement du groupe dans l’immédiat. Les comportements perturbateurs mineurs qui perdurent, se multiplient ou s’intensifient malgré l’intervention de l’adulte peuvent devenirs «majeurs». Mais au sens propre, un comportement majeur est de haute intensité, menace la sécurité ou l’intégrité de l’enfant ou celles des autres.

Faire la différence entre un comportement mineur ou majeur, permet de développer une façon plus sensible et nuancée de gérer les comportements et l’énergie est dirigée au bon endroit.

Comment les effets positifs d’Unisson peuvent-ils se transposer à la maison?  

Puisque qu’Unisson permet à tous les membres du personnel éducateur d’intervenir avec cohésion en utilisant les mêmes mots, c’est très sécurisant pour l’enfant qui comprend clairement ce qu’il peut faire et ce qu’il ne peut pas faire, puis ça lui permet de se familiariser avec ce langage et de se l’approprier. Puis, quand un parent entend fièrement son enfant lui raconter qu’il s’est mérité «un pompon» après avoir aidé à ramasser après la collation par exemple, ça éveille une certaine curiosité.

Pour faire le pont entre le CPE et la famille, Unisson a prévu 2 ateliers pour tous les parents qui sont intéressés à poursuivre le programme à la maison. Cela répond à un besoin exprimé par des parents, qui rapportaient que certains comportements problématiques se manifestaient à la maison et qu’ils souhaitent connaître les stratégies qui fonctionnent au CPE pour pouvoir les poursuivre à la maison avec leur enfant.

Ça permet ainsi à tous les adultes qui font partie de l’environnement de l’enfant d’avoir une façon semblable d’intervenir, ce qui crée beaucoup de cohérence et de prévisibilité pour l’enfant.

Combien de temps prend l’implantation d’Unisson dans un milieu?

Cela peut varier entre 10 et 12 mois pour garantir une fidélité d’implantation optimale. Après cela, le milieu a tout en main pour poursuivre Unisson de façon autonome.

Quelles sont les prochaines étapes au niveau de la recherche?

On aspire à évaluer le programme avec le plus d’enfants possible pour mesurer son effet sur les comportements perturbateurs et l’amélioration de l’adaptation générale de ces derniers. Unisson pourrait devenir un facteur de protection pour plusieurs enfants.

Pour en apprendre plus sur Unisson, visitez cette page ou visionnez cette courte vidéo présentant les témoignages du CPE Les Maisons Enjouées et de Malena Argumedes.